Voici les lauréates du Prix Quai des nouvelles ainsi que leur ouvrage: Clémentine Herledant et Chloé Kerlan, deux élèves du collège Saint Joseph de Concarneau.

 

Texte de Clémentine Herlédant :

J'étais blottie à la poupe, la tête entre mes genoux quand mon père est arrivé. Il m'a dit : Pourquoi nous n'irions pas à l'avant du bateau discuter un peu ? Je savais ce qu'il allait me dire; Car ce matin nous avons évoqué mon futur métier et mon père étant marin voulait que je le sois aussi !

Mais mon rêve était de devenir chanteuse ! Mes parents m'avaient déjà dit que si personne n'aimait mes chansons, je ne ferai rien de ma vie ! Moi, je me fichai de ce qu'ils disaient, je voulais devenir chanteuse, alors je le serai ! Et c'est ce que je lui ai répondu lorsqu'il m'a dit «  au ciel ! Mais pourquoi a-t-il fallut que j'ai une fille comme ça! Et pourquoi ne m'a t-on pas donné un fils qui aujourd'hui aurait comme unique rêve d'être marin.

Puis, je l'ai vu partir retrouver ma mère, il lui a dit en chuchotant,même que j'ai compris quelques mots : « Va lui parler, je sais qu'elle est têtue, mais essaye, s'il te plaît. »

J'ai attendu, attendu qu'elle vienne, mais non, elle faisait comme si de rien n'était. Jusqu'au soir, où elle est venue nager avec moi. Elle m'a dit : « Fais ce que tu veux de ta vie, mais sache que je pourrai toujours d'aider »

Je n'en revenais pas, pour un fois, quelqu'un me disait de foncer. Et ça c'était ma mère qui me l'avait dit. Je ne pus dormir cette nuit là. Le lendemain, nous nous étions échoués sur une île, il faisait beau.

Tout semblait tellement, Mais un petit détail me gênait, c'était mon père.

Je crois que ma mère lui avait fait part de son idée, car il n'était pas parti pêcher. Mais il passait plein de coups de fils depuis la cabine. Je pensais qu'il appelait quelqu'un pour refaire la coque du bateau qui avait été endommagée. Soudain pendant un court instant, je crus l'entendre crier «  Ma fille veut devenir chanteuse, alors elle le sera! »

Et, depuis ce jour-là, je n'ai jamais lâché mon rêve d'être chanteuse, ce que je suis aujourd'hui.

 

 

Texte de Chloé Kerlan :

J'étaie blottie à la proue, la tête entre les genoux, les embruns faisaient voler mes cheveux d'or et des larmes salées au goût amer coulaient le long de mes joues.

« Ellena » appela une voix.

Je savais que c'était Jason. C'était lui qui m'avait entraîné sur ce bateau, prétextant une aventure magnifique qui nous ferait découvrir le monde par l'océan. Mais à présent, l'idylle n'était plus. J'étais sur un bateau empli de pêcheurs, loin de tout et ce bateau était en panne, ce qui n'arrangeait pas mon humeur

Soudain, on me saisit le bras. Je me relevai et me dégageai de la poigne de Jason. Il me parla alors un ton dur et ferme que je ne lui connaissais pas.

« Ellena, nous sommes tous dans le même bateau, c'est le cas de le dire, alors arrête d'inonder le pont avec tes larmes. Aide-nous »

« Jason, laisse-moi, murmurai-je, blessée par ses paroles »

« Comme tu voudras, mais je te préviens qu'une tempête est annoncée pour demain au plus tard et que Jane souhaite te voir. »

Sur ces mots, il fit volte face et s'engouffra dans les escaliers. J'essuyai mes larmes d'un geste rageur et m'y enfonçai à mon tour. Je rejoignis Jane, la cuisinière, qui m'accueillit avec le sourire mais me donna du travail, beaucoup de travail. Cela me prit toute la journée. Le soir, épuisée, alors que je rejoignais ma couchette, le bateau fit une embardée qui me projeta contre la porte d'un cabine. La panique s'empara de moi. Etre en plein océan, sur un bateau en panne, lors d'une tempête, cela signifiait : « Mort, Ressaisis-toi » pensai-je alors et je respirai profondément. Je décidai d'aller voir Jason, autant pour m'excuser que pour qu'il me rassure.

Arrivée dans sa cabine, je le vis avec des bouts, des cordes et des cales de bois.

« Que fais-tu ? murmurai-je.

« La tempête risque d'être forte, j'accroche tout et je vais rassembler mes affaires dans un sac » répondit-il, sur ce même ton déplaisant. Je déglutis avec peine et l'effroi m'envahit lorsque je me rendis compte que le bateau tanguait de plus en plus et que le bruit des remous de l'eau augmentait. Je me dirigeai lentement vers ma cabine, me tenant aux murs pour garder mon équilibre. À l’intérieur, je fourrai toutes mes affaires dans un sac à dos et fis comme Jason, grâce à des cordages trouvés dans un placard.

Ma besogne finie, je m’assis sur ma couchette, les yeux dans le vague. Alors, la fatigue, la peur, l'ennui et l'angoisse accumulés ces derniers jours voulurent sortir de moi, là où je les avais tous cachés, refoulés et j'éclatai en sanglots. Je ne tentais pas de les retenir, j'avais besoin de pleurer. Même si deux fois en une journée, c'était beaucoup.

Lorsque mes larmes ne purent plus couler, je décidai de sortir prendre l'air. Je saisis mon sac et je me glissai au-dehors, sur le pont. Les remous s'étaient intensifiés et des hommes courraient sur le pont. Des vagues passaient au-dessus du bastingage, rendant le sol glissant et peu sûr.

Je restai bouche bée devant le spectacle qu'offrait l'océan déchaîné. La mer formait de gros creux et l'écume décorait les crêtes des vagues de blanc.

Soudain, un homme me tira par le bras en disant: "Petite ! Ne reste pas là, tu bloques l'entrée!"

Je m'approchai du bord, et vit Jason. Il aidait à sécuriser le pont.

Il me vit et m'attira vers le centre du pont, me disant que c'était dangereux de rester près des vagues qui pourraient m'emporter à tout moment.

Soudain, des matelots sortirent du ventre du bateau, affolés. Le vent mugissant couvrait pratiquement leurs paroles mais tout le monde comprit : l'eau avait fait un trou dans la coque.

Aussitôt, on essaya de combler le trou, puis on ferma le bas.

Mais il était indéniable que l'eau montait.

Soudain, une lame de fond renversa le bateau. Avec un cri, je tombai à l'eau, attrapant la main de Jason qui ne put résister.

Alors il y eu un éclair aveuglant et le noir s'empara de moi.

 

Tout est bleu, tout est calme.

Des tourbillons mugissent autour de moi, sans bruit.

Je voulais que ce fût le paradis, mais au Paradis, on ne souffre pas.

Or, ma tête me faisait si mal.

Je pensais qu'elle allait imploser, mais elle se contenta de me faire perdre connaissance."

 

Alors un éclair aveuglant et le noir s'emparèrent de moi.

Je me réveille dans un lit, pleins de gens m'entourent. Mais je ne vois que lui « Jason », il me prend par la main et murmure: « on va rentrer, je te le jure »

Deux jours après cette déclaration, remise des douleurs provoquées par la noyade, je suis enlacée dans ses bras, à la proue d'un bateau américain. Car nous sommes échoués en Amérique. Personne ne sait ce qui s'est passé cette nuit là, nous sommes les seuls survivants. Et quand je demande à Jason, s'il sait quelque chose. Il me dit que l'amour est plus fort que tout, et même plus fort que la mer. Je me dis qu'après tout, c'est vrai et que nous nous aimons.

Je regarde l'horizon et me dis que bientôt, je reverrai ma famille, car ce bateau-là ne coulera pas. Je le sais, je le sens, j'en suis sûre.

Alors que le soleil se couche sur la mer, je tourne la tête vers Jason et l'embrasse. L'amour nous unit et nous permet d'aller plus loin que tout, plus loin que la mort. Il nous unit pour toujours.