Concours Quai des nouvelles

Les lauréats sont Camille Lecuyer (classe de 3è) et Aymerick Ricouard (classe de 6è)

Le concours "Quai des nouvelles" 2012 s'est déroulé vendredi 6 avril 2012 de 11 heures à 12 heures, en salle n°2 au dernier étage.

 

Les collégiens disposaient d'une heure pour rédiger une lettre à partir d'une phrase de l'ouvrage d'Évelyne Brisou-Pellen, Le dernier espoir de Lucas :

"J'avais beau galoper le long de la grève en scrutant la mer de tous mes yeux, je n'y apercevais pas la moindre silhouette." 

 

La consigne était de rédiger une lettre à la première personne du singulier.


La nouvelle d'Aymerick

Je partis de chez moi pour aller pêcher mon repas de ce soir, à la mer. J’avais beau galoper le long de la grève en scrutant la mer de tous mes yeux, je n’y apercevais pas la moindre silhouette. Lorsqu’une étrange créature sortit de l’eau puis je me suis demandé ce que j’allais faire. L’étrange créature avait le don de la parole, elle était grande et grosse. Elle me dit « Que fais-tu étranger à vider la mer de toutes ses merveilles». À ce moment d’inattention la créature m’embarque avec elle. Depuis ce jour, je ne pêche plus.


La nouvelle de Camille

Ma chère, ma douce Agnès,

 

C’est la première fois que je te parle depuis plus d’un mois. Tu te souviens lorsque je t’ai quittée, sur les quais de Nantes ? Je ne t’avais laissé aucune promesse de retour, en t’avais juré que je reviendrai. Tu te rappelles, n’est-ce pas ? S’il te plaît, dis-moi, fais-moi le serment que tu ne pleureras pas. C’est sûrement la chose la plus égoïste du monde que je te demande là ; la plus prétentieuse aussi parce que je ne mérite pas tes larmes. Je le sais bien. Je n’ai pas embarqué sur cette goélette Hollandaise, pas plus que je n’ai vu ses voiles se gonfler dans les vents de la Mer Baltique ou que j’ai aperçu la brume grise du port d’Edimbourg. Alors que je t’écris pour la dernière fois, je me trouve le dos calé dans un creux du bastingage de poupe. Au lieu du bel uniforme bleu marine aux manchettes dorées, je porte une vieille chemise qui pue l’alcool.

Ici, j’aurais beau galoper le long de la grève en scrutant la mer de tous mes yeux, je n’y apercevais pas la moindre silhouette.

Les plages de Singapour sont vides.

Je ne sais pas ce qui m’a pris, vraiment pas. Mais j’ai choisi de grimper les marches de cette vieille coque incrustée de moules plutôt que d’aller dorer mon blason d’officier à bord de L’Amiral. Pourquoi ? Qu’est-ce que ça y changera de le savoir ?!... Tu ne pleures pas ?

Il n’y a pas vraiment de grade, ici. Celui qui crie le plus fort commande et les autres sont tous des simples hommes perdus qui errent dans l’immensité bleue, sans passé ni avenir certain. Il fait nuit, je suis seul adossé contre le bois pourri. J’entends au loin chanter mes compagnons de voyage.

« 15 marins sur le bahut du mort,

Yop, là oh ! Une bouteille de rhum

À boire et l’diable avait scellé leur sort… »

Moi aussi j’ai décidé de mon sort. Ou plutôt je n’ai rien décidé du tout et c’est pourquoi je suis parti pour ne plus avoir à réfléchir.

La vie à Singapour est insouciante.

Les lumières dorées miroitent sur l’eau noire qui se confond avec le ciel d’encre.

 

Si je te raconte tout cela, Agnès, c’est parce que je n’aurais pas supporté de te mentir en plus de t'avoir abandonnée. Oublie-moi, même si moi je ne le ferai pas. Je ne te demande pas de me pardonner ni de me comprendre. Juste de me croire, si ce n’est pas déjà trop : je t’aime.

Je vais poster cette lettre et aller me saouler avec les autres, puis demain je referai voiles vers un nouvel endroit inconnu.

 

Aime ta vie sans moi autant que j’aime la mienne loin de ma Bretagne.

 

 

Arthur