LE FESTIVAL 2011 EN IMAGES

La Cérémonie d'inauguration vendredi 15 Avril

Discours d'ouverture du Festival par Jean-François Coatmeur

"Au cours d'une déjà longue carrière, j'ai eu l'avantage de participer à bon nombre de salons, j'en ai même présidé quelques-uns. Mais aucune invitation ne pouvait m'être plus agréable que celle qui m'a été adressée fin octobre par M. Barré, président du Festival « Livre & mer ». Et ceci pour deux raisons : parce qu'il s'agit d'un salon de la Mer - parce que Concarneau est son port d'attache.

 

La mer

A la différence de plusieurs grands noms qui m'ont précédé à la place que j'occupe aujourd'hui, je ne suis pas un écrivain de la mer, les cabrioles du sort en ont décidé autrement, même si certains de mes ouvrages s'y réfèrent explicitement - "On l'appelait Johnny", "Narcose" - et si la plupart des autres révèlent une évidente connivence avec l'élément liquide.

Je ne suis pas davantage un marin. Ma seule pratique maritime est la natation, apprise à 6 ans et restée jusqu'il y a peu ma principale activité sportive.

Par contre, et c'est une particularité dont je me montre assez vain, je revendique comme un privilège d'être né au bord des flots, à Pouldavid, commune à juste titre estampillée "sur mer" située au point exact où la légende fit se noyer Dahut la rebelle et qui fut au XVè siècle un port de commerce au renom international, fier de ses 80 navires marchands qui transportaient jusqu'à la Scandinavie ou l'Espagne ses cargaisons de toiles, les fameuses "poldavys". Je me suis même laissé dire et pourquoi pas, que les voiles de la "Santa-Maria", la caravelle de Christophe Colomb, étaient des "poldavys"...


Quand j'y vis le jour, Pouldavid avait déjà bien perdu de sa superbe, ce n'était plus qu'une humble bourgade de marins-maçons, lovée les pieds dans l'eau au fond de sa ria, aux marges de Douarnenez. Plusieurs des hommes de ma parenté étaient pêcheurs et mon père lui-même fit campagne comme mousse sur une barque non pontée, avant de devoir renoncer à la profession pour cause d'incompatibilité physiologique majeure. Mon enfance a eu pour décor et champ d'explorations la vasière de Pouldavid, je m'y suis initié à la godille, entre les bancs de mulets qui à la marée montante colonisaient l'anse, et j'y ai participé à maints combats de flibustiers sur des barcasses pourrissantes. Et si au temps du pain noir au Collège St Vincent de Pont-Croix, j'ai dû m'éloigner de mon village, elle était là, ma mer, bien présente, compatissante et fraternelle, le 5 août 44, à quelques mètres du mur des orages, où durant 7 heures, j'ai attendu une mort qui ne voulut pas de moi.

De telles familiarités auront-elle suffi à insuffler de l'eau salée dans mes veines ? Elles ont en tout cas créé un besoin. Pour la vie. Une exigence : mon existence s'écoulerait près de la mer, quels qu'en fussent les inconvénients et le prix à payer. Voilà au moins une ambition que je crois avoir su réaliser : à une exception près (une année au Lycée La Tour d'Auvergne de Quimper !), les escales liées à ma profession auront toutes été "sur mer"  Concarneau, Calais, Brest. Et lorsque mes affectations ne dépendaient pas de mes choix personnels, le hasard, bon prince, a pris le relais. Comme par exemple à Abidjan, où j'ai vécu 5 ans et où pour la première fois, j'entendis monter des cargos le chant poignant des "sirènes de minuit".


Il allait donc de soi que, dégagé de mes obligations de métier, je décide de poser mon sac au bord du vieil océan, à Brest, qui est devenu mon mouillage attitré, même si mon coeur reste très attaché au cher Pouldavid natal, aujourd'hui défiguré par les monstres froids de ce qu'on nomme, paraît-il, le progrès.

 

Concarneau

On a vue que Concarneau figurait dans la liste très succincte des mes anciens lieux de résidence. J'y aura vécu un an, le temps de préparer et conduire au Bac ma petit troupe de jeunes gens qu'on m'avaient présentés comme des "durs" et avec qui - j'avais à peu près leur âge - j'aurai passé une des périodes les plus lumineuses de mon enseignement. Non, je n'ai pas oublié le Lycée Pierre Guéguin, ni mon logement dans la villa des descendants du compositeur Massenet, non loin de la plage des Sables blancs, ni mes galopades échevelées le matin, avenue du Dorlett, quand des réveils souvent laborieux - et je ne possédais pas de voiture - me contraignaient à rallier l'établissement au pas de course, ma serviette lourde de ma jeune science pendouillante au poing. Je n'ai pas oublié non plus la salle du Cercle Celtique où de temps à autre, afin de me désembrumer le cerveau, je faisais un saut le soir pour une gavotte ou un jabadao.

 

J'ai aimé Concarneau et j'y suis revenu souvent avec plaisir, j'ai dansé et chanté dans la Ville Close, aux Fêtes des Filets Bleus, j'ai fréquenté plusieurs salons du Livre Maritime et notamment celui de 1996, où j'étais membre de l'équipage piloté par Loïk Peyron, qui couronna la québécoise Rachel Leclerc, j'ai connu les parades triomphales, au son des cornemuses et des bombardes, vers le Centre des Arts et de la Culture, les soirées pique-niques aux Glénan, telle surprise-party improvisée sous les parapluies, au château de Kériolet. Et j'y ai rencontré beaucoup de marins, Yves la Prairie, Jean Bulot, le contre-amiral Stéphan, tant d'autres, hélas, que je ne rencontrerai plus, Henri Queffélec, mon ami Pierre-Jakez Hélias, mon ami Paul Guimard, mon ami Gwen-Aël Bolloré, tous emportés par la barque de nuit, "ar vag noz", vers les portes de l'Autre Monde.

 

Vous ne vous étonnerez donc pas que c'est en me plaçant sous leur patronage tutélaire et en hommage à leur souvenir, que j'ai l'honneur ce soir, de déclarer ouvert le 27ème festival "Livre et Mer"."

Samedi 16 et dimanche 17 avril

"Une organisation et des personnes très accueillantes, dévouées même, je prends un grand plaisir à être ici."Jean-François Coatmeur, Président d'Honneur de Livre & Mer.


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